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Profession : adoul

Les adouls sont les yeux et les oreilles des juges. Ils remplissent le rôle de greffe et de notariat et sont chargés de consigner les déclarations et les jugements

Profession : adoul

Véritables auxiliaires des juges, les 5000 adouls sont compétents pour toutes sortes d’actes légaux. De plus en plus de jeunes sont attirés par un métier qui évolue, mais dont le statut ne suit pas.

Dans une somptueuse villa de Rabat, les lumières annoncent les couleurs de la fête. Le jardin, soigneusement décoré et aménagé par le traiteur, fait office de salle de fête. Dans un coin est installée une estrade assez haute, sur laquelle sont disposés deux sièges imposants où prendront place les mariés, qui pourront ainsi être observés de tous.
La décoration est sophistiquée. Nappes en fil d’or traditionnel brodé, bouquets de fleurs sur les bordures de table. Devant l’estrade, parents des futurs époux et témoins prennent place. Dans ce feuilleton nuptial, l’honneur est à deux jeunes hommes soigneusement rasés, habillés de djellabah blanches et coiffés de fez rouges. Ce sont bien les adouls. Ils ouvrent leur registre noir, récupèrent avec habilité les documents exigés par l’administration pour contracter le mariage, demandent aimablement la carte d’identité des deux mariés, relèvent les identités des témoins et les font signer à tour de rôle. Le mari signe en premier dans le registre. La jeune femme, vêtue d'un caftan blanc avec des bijoux assortis, avance avec grâce et signe après avoir signifié son consentement. Les youyous jaillissent de partout. Les convives se pressent autour des deux mariés afin de se faire photographier en leur compagnie. Les adouls auront ainsi béni ce mariage. Ils seront les hôtes de cette belle cérémonie. À leur départ, ils remettent aux deux jeunes mariés le récépissé de leur acte, qu’ils iront récupérer quelques jours plus tard.
Mais comment ces hommes dits «adouls», sont-ils habilités juridiquement à conclure des mariages, mais également des divorces, à trancher en matière d’héritage, à rédiger toutes sortes d’actes civils ou de commerce ?
Les adouls sont les yeux et les oreilles des juges. Ils remplissent le rôle de greffe et de notariat et sont chargés de consigner les déclarations et les jugements.
Cette profession est considérée parmi les métiers exercés dans le cadre de l'assistance judiciaire, outre le rôle qu'elle joue en matière de notariat et de justification.
Les 5.000 adouls au Maroc mènent toutes les démarches auprès des autorités pour permettre l’enregistrement et la reproduction de tous les documents qu’ils rédigent conformément à la loi et au nouveau code de la famille. En plus du mariage, ils sont compétents pour des activités plus larges que celles attribuées aux notaires modernes. Ils établissent toutes sortes de contrats, comme les cessions immobilières, les actes de copropriété et des transactions entre particuliers, les droits de succession. Le métier de notaire traditionnel fascine de plus en plus de jeunes. Nombreux sont ceux qui vont même jusqu’à faire une thèse en doctorat spécialisé afin de mieux cerner la profession, qui s’organise et se modernise au fil du temps.
Les adouls «nouvelle génération» veulent se débarrasser de l’ancienne image de fkihs ancrée dans nos traditions.
Au quartier Houbous de Casablanca, plusieurs adouls ont ouvert leurs locaux devant le tribunal de la famillle pour des raisons de proximité. Ils ne désemplissent jamais. Parmi eux, plusieurs jeunes s’activent. Bien organisés, ils travaillent sur ordinateur, avec un téléphone et un fax. Ils écrivent rarement à la main et font même appel à une secrétaire. Les rendez-vous sont pris bien à l’avance et les clients attendent tranquillement leur rôle à l’entrée. Mohammed est l’un de ces jeunes adouls qui ont suivi des études islamiques en Arabie saoudite, il parle un langage franc et clair et n’est jamais muni du fameux grand registre à l’ancienne. Son ordinateur portable le suit partout où il se déplace. Il exerce ce métier avec une grande passion.
Les prétendants à cette profession libérale de notariat traditionnel doivent au minimum détenir une licence en droit, en études islamiques, ou encore être diplômés d’une Faculté de jurisprudence religieuse comme celle de Tétouan ou de Fès. En plus, le candidat doit être de bonne moralité. Pourtant, aucun stage n’est prévu dans la profession, quoique certains optent à le faire. Contrairement aux croyances, les adouls sont assermentés avant d’exercer leur métier. Leur nomination est faite par le ministre de la Justice.
La
majorité des adouls sont concentrés dans les grandes villes. Le statut de cette profession, toujours régie par le décret de 1983, est révolu aujourd’hui. Il ne ne protège pas la profession des rivalités avec les notaires modernes instaurés durant le protectorat. Le corps des adouls a déclenché des grèves successives pour la réforme de son statut jusqu’à obtenir gain de cause auprès du ministère de la justice. «Les deux choses primordiales pour nous, c’est la clarification du statut de la profession, son organisation et sa mise à niveau», explique Abdessalam Al Bouraïni, président du Corps national des adouls. La réforme n’est plus qu’une question de temps.
Le nouveau projet de loi régissant le statut des adouls attend sa promulgation.
Elaboré par le Corps national des adouls (CNA) depuis 1998, ce projet de loi moderne réglemente la profession et la protège.
La réforme comporte 86 articles, renfermant des dispositions générales relatives à cette profession libérale pratiquée dans le cadre d'une instance qu'est le CNA, ainsi que des dispositions visant sa protection et d'autres auxquelles les adouls devront se conformer.
«Parmi les changements introduits par le nouveau statut, l’éligibilité et la détention d’un diplôme reconnu à cet effet, car nous ne faisons pas de stage.», souligne Abdessalam Al Bouraïni.
Concernant les relations avec les notaires modernes, les adouls veulent clarifier les prérogatives de chaque corps. Ils sont près de 300 notaires qui s’accaparent le gros du marché de l’immobilier au Maroc. «Nous espérons préserver nos droits avec la promulgation des nouveaux projets de lois».
La modernisation du système judiciaire marocain ne peut se faire sans une réforme de la profession des adouls. Abdessalam Al Bouraïni en est conscient.
«Nous avons besoin d’une mise à niveau. Il est de plus en plus difficile pour les adouls de suivre les innovations introduites dans les nouveaux textes comme la co-propriété. Nous devons préserver la réputation et le charme de cette profession traditionnelle qui se modernise».

Chifaâ Nassir

Maroc-hebdo

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