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De la perception du droit chez le citoyen lambda

Il est facile de tirer sur une ambulance, critiquer le fonctionnement d'un tribunal, noter le comportement de certains magistrats, ou s'étonner de l'ancienneté

Pourquoi respecter un "Stop", alors que la chaussée est vide de tout véhicule, le passage libre ? Pourquoi se garer loin d’une pharmacie, alors qu’on peut laisser sa voiture en double position ? le fait d’asphyxier toute une artère par ce comportement importe peu, le Marocain estime toujours que la loi ne s’applique pas à lui dans ce cas : soit il est pressé (ce qui justifie tout), soit il ne cause aucun préjudice à personne (enfin, d’après lui), et d’abord, qui est-on pour lui faire des remarques ?
Il est facile de tirer sur une ambulance, critiquer le fonctionnement d’un tribunal, noter le comportement de certains magistrats, ou s’étonner de l’ancienneté de quelques lois, devenues complètement obsolètes. Il serait tout aussi judicieux, dans le cadre d’une réforme annoncée et programmée, de s’intéresser au comportement de nos concitoyens face aux lois. Ainsi, la notion de «droit» demeure floue chez les Marocains, à qui nul n’a jamais inculqué les bases d’un comportement civique à adopter lorsque l’on vit en société.

Observons donc les différentes réactions du citoyen lambda face à l’arsenal juridique, en étudiant quatre points : perception, application, interprétation et négation.

D’abord, l’on constate que la perception même du «droit» demeure floue chez la majorité de nos concitoyens. Les agriculteurs vivant dans la campagne estiment que les lois sont faites pour les citadins ; eux ruraux, possèdent leurs propres règles, traditions, us et coutumes pour se sentir concernés par des textes auxquels ils ne comprennent rien : vol de bétails, détournement d’eau, appropriation de terres, litiges familiaux, tout ceci se règle selon les habitudes de la région, sous la férule des anciens, supervisés parfois par des chefs de tribus, clans ou villages. Pour les citadins, le «droit» demeure une émanation de gens lettrés, d’un vague «législateur» dont ils cernent difficilement les contours. J’ai posé la question à quelques dizaines d’étudiants : Qui est le législateur ? La réponse fut le plus souvent évasive : des gens de Rabat ? Les présidents des communes ? Les chefs d’arrondissement ? Si ce n’est le Roi lui-même puisque la justice est rendue en son nom… Désolant, mais réel !

Passons ensuite à l’application des lois. Puisqu’on ne sait pas très bien qui les fait, ces lois, comment les appliquer? Et de ce fait, l’application concrète demeure aléatoire. On sait, vaguement, qu’un code des impôts impose à chaque citoyen de participer à la vie de la cité, en contribuant à ses dépenses par le biais du paiement d’impôts divers. Le paiement des impôts au Maroc demeure aléatoire, la fraude fiscale étant (comme en Italie ou en Grèce) devenue un comportement normal : on dissimule ce qu’on gagne, on ne paie que le minimum possible, on ne déclare pas tous ses revenus…, le Marocain sait bien que l’administration fiscale, malgré sa marche forcée vers une mise à niveau, n’a pas encore atteint les degrés d’efficacité existant en Occident : les contrôleurs sont peu nombreux, les recoupements encore balbutiants, les moyens informatiques pas encore totalement performants, autant de raisons qui poussent les Marocains à jouer avec le feu.

Nous arrivons à l’interprétation des lois, et là encore, on constate qu’elle est très large. Pourquoi respecter un «Stop», alors que la chaussée est vide de tout véhicule, le passage libre ? Pourquoi se garer loin d’une pharmacie, alors qu’on peut laisser sa voiture en double position ? Le fait d’asphyxier toute une artère par ce comportement importe peu, le Marocain estime toujours que la loi ne s’applique pas à lui dans ce cas: soit il est pressé (ce qui justifie tout), soit il ne cause aucun préjudice à personne (enfin, d’après lui), et d’abord, qui est-on pour lui faire des remarques ? Car pour le Marocain, une loi n’est valable que dûment accompagnée d’un agent en uniforme, policier, gendarme, moqaddem, forces auxiliaires, et il n’a aucun compte à rendre à la société.

Enfin, la notion d’obligation est totalement ignorée, et ne concerne que ceux qui veulent bien se sentir obligés. Sinon, toute obligation demeure méprisée, dès lors qu’il n’y a pas de coercition visible, réelle et dissuasive. Obligation de limiter sa vitesse sur route ? Pas pour moi, ma voiture, puissante, est fiable, et je conduis bien. Obligation de respecter son voisinage ? Certes, mais une petite fête jusqu’à l’aube de temps à autre n’a jamais dérangé personne (sauf ceux qui travaillent tôt ou ont des enfants en bas-âge). Obligation de payer ses impôts ? Certes, mais que les riches commencent, après on avisera ! Obligation de respecter les femmes dans les endroits publics ? Bien sûr, mais après tout, nous ne sommes que des hommes… Tout à l’avenant, on se rassure, on se convainc, on se gargarise de bonnes paroles, on jure ses bonnes intentions, on se prévaut de sa rectitude morale… Tout en bafouant les lois à qui mieux mieux, provoquant parfois des catastrophes.

Il serait donc utile de prévoir des cours d’éducation civique, incitant au strict respect des lois, si l’on veut voir aboutir une réforme judiciaire.
Fadel Boucetta. La Vie éco
 

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