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Le tribunal analogique

Le tribunal analogique

La décision récente d'interdire aux journalistes, aux avocats et au public non seulement l'envoi de messages textes, mais de toute information ou note à partir d'une salle d'audience ne fait qu'accentuer ce retard, au lieu de le corriger. Ceux qui croyaient qu'un meilleur accès à l'information favorise la justice devront se raviser.

Au Québec, pour effectuer une recherche dans les décisions des différentes cours, on utilise un système digne des années 80. On précise sa recherche au moyen d'une série de zéros, de lettres et de virgules qui n'a de sens que pour l'ordinateur.

Même chose pour la liste des décisions rendues la veille, qu'on nous envoie chaque jour. Essentiellement, la photocopie numérique d'un long document annoté à la main, où il est impossible d'effectuer la moindre recherche.

Depuis 2000, les ministères de la Justice et de la Sécurité publique ont dépensé 75 millions $ pour l'implantation d'un Système intégré d'information de justice (SIIJ), qui n'a toujours pas vu le jour. Plus de 40 millions $ ont été perdus dans ce projet, sévèrement critiqué par le Vérificateur général.

Résultat : un système de justice analogique dans un monde numérique.
Ouvrons une parenthèse ici.

Le gouvernement québécois a créé un «tableau de bord» qui devait informer le public de l'état des projets informatiques. À propos du SIIJ, on y apprend que le projet «progresse comme prévu et les résultats seront atteints». C'est comme ça pour tous les projets, dans tous les ministères. Un

score de 100 %, partout. Une farce, il n'y a pas d'autre mot. Fin de la parenthèse.

Le retard qui afflige le système québécois de justice ne touche pas que ses systèmes informatiques. Il se traduit aussi dans son attitude envers les outils modernes de communication, dont les réseaux sociaux ne sont qu'un exemple.

À la Cour suprême du Canada, les journalistes ont un accès sans fil à Internet. L'usage des ordinateurs portables et des téléphones cellulaires est permis dans la salle d'audience et on peut visionner les procédures en direct de la salle de presse. On est à des années-lumière de ce qui est autorisé au Québec.

Dans les tribunaux ontariens, il est maintenant possible d'envoyer des messages textes à partir d'un tribunal. C'est interdit au Québec, on l'a vu, mais en pratique, il suffit d'aller dans le corridor pour envoyer ses messages en toute légalité. Les médias sociaux ne sont pas une panacée, mais ils n'ont pas que des défauts non plus. Au lieu de les bannir, purement et simplement, on doit apprendre à les connaître, et ce faisant, à les utiliser. Mais pour ça, il faut d'abord s'y intéresser.

On doit faire plus pour faciliter l'ouverture des tribunaux. On devrait trouver un responsable des communications dans chaque palais de justice. Pas pour contrôler l'information ou empêcher de parler aux acteurs du système judiciaire, mais pour servir d'agent de liaison, pour trouver les meilleures ressources, pour expliquer. La justice a tout à gagner à être plus transparente.

Le portrait est peut-être désolant, mais on a des raisons de croire que le ministre de la Justice y accorde l'importance qu'il faut. En s'assurant les services de Lyne Bouchard comme sous-ministre, Bertrand St-Arnaud a démontré sa préoccupation. Mme Bouchard était vice-rectrice aux technologies de l'information à l'Université de Sherbrooke, elle était aussi présidente du Réseau Action TI et ex-présidente-directrice générale de TechnoMontréal. Elle a les qualifications requises pour s'attaquer au dossier et doit agir, rapidement. Il est déjà trop tard.

 
Le soleil

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